Plusieurs successeurs à Autolib’, comment les faire cohabiter? Une interview d’A. Weyland, DG d’Autonomy

Le 04/07, PSA annonce le lancement de son service d’auto-partage dans la capitale. La Mairie de Paris et Renault tiennent une conférence de presse dans la matinée. A cette occasion, Aymeric Weyland, directeur général d’Autonomy, est interrogé en tant qu’expert de la mobilité urbaine par la chaîne d’info en continu BFM Paris

Que penser de l’arrivée de nouveaux acteurs sur le segment de l’auto-partage, et de leur offre ?

Ce phénomène était prévisible. Des réunions se tiennent déjà depuis plusieurs semaines entre les principaux constructeurs automobiles et la Mairie de Paris. Ces derniers avaient en 2011 rechigné à s’engager sur l’appel d’offres, principalement parce que le modèle économique était alors peu clair, et le schéma de délégation de service public proposé lourd et complexe. Aujourd’hui, grâce au retour d’expérience d’Autolib’, les solutions apparaissent plus évidentes. Nous ne connaissons pas à cette heure l’offre de Renault, mais celle de PSA semble légère avec seulement 500 véhicules mis à disposition (Vs 4 000 véhicules Autolib’).

La cohabitation entre ces nouveaux arrivants va t elle être difficile, les parisiens vont-ils s’y retrouver ?

Si un usager met plus de 5 à 10 mn à trouver un véhicule, il se tournera vers d’autres solutions de mobilité. Autolib’, c’était une seule application, la diminution du nombre de véhicules disponibles peut être un frein à l’utilisation du système.

Les maires de banlieues se sentent exclus et s’inquiètent de cet accord, quelle solution rapide peut être envisageable pour eux ? Les nouveaux acteurs pourront-ils entrer dans la banlieue ?

Avec ce système, il n’y a pas besoin d’infrastructures, mais seulement d’un accès à des places de stationnement. On peut imaginer que l’accord fait avec la mairie de Paris puisse s’appliquer aux mairies de banlieues.

Nous savons que BMW et Daimler prévoient de faire de même. Y en aura-t-il d’autres selon vous ?

Oui, il y en aura de nombreux, et pas uniquement du côté des constructeurs ! Nous pourrons notamment assez logiquement compter sur les loueurs de voitures, à commencer par Ubeeqo, la filiale d’Europcar. Les loueurs lèvent en effet une énorme barrière à l’entrée qui est le prix des véhicules + disposent d’une grande diversité de gamme, de la citadine à l’utilitaire ! Nous pourrons aussi compter sur des entreprises de locations entre particuliers comme Drivy, sur des trajets en boucle à boucle (avec restitution du véhicule au point de départ). Tous ces acteurs devront néanmoins selon moi s’imposer la contrainte du tout électrique ! C’est d’ailleurs ce qui est plus compliqué pour Peugeot, qui dispose d’une gamme moins importante que ses concurrents en véhicules électriques.

Y aura-t-il des startups ? Peuvent-elles représenter une offre sérieuse ?

C’est probable, mais encore une fois, la barrière à l’entrée, à savoir le coût d’un véhicule, est colossale comparée aux autres solutions de mobilité émergentes type scooters, vélos, ou trottinettes. L’enjeu étant d’atteindre le plus rapidement possible une masse critique, je doute qu’une startup constitue à court terme une offre sérieuse et durable.

A quelles conditions ces nouveaux services peuvent-ils fonctionner ?

En atteignant rapidement une masse critique d’utilisateurs. Pour rappel, Autolib’ totalisait 37 abonnés par véhicule, et près de 5 locations par jour. (Source) Pour cela, 3 éléments semblent indispensables : 

  • supprimer les freins à l’utilisation qui ont contribué au déclin d’Autolib’ : des abonnements trop engageants et longs à déclencher…etc
  • mieux utiliser la technologie : déverrouillages par smartphones….etc
  • mieux collaborer avec les collectivités pour ne pas démultiplier les outils et procédés pour l’usager, à l’instar de l’intégration de ce qu’avait mis en place la Région Ile de France en juillet 2017 : l’intégration dans une seule et même application (Via Navigo) de l’ensemble des 17 services de co-voiturage existant à l’époque.