Urban Mobility Breakfasts: Comment accélérer la conversion vers la mobilité électrique?

Autonomy organise en partenariat avec Uber une série de Urban Mobility Breakfasts, petit-déjeuners débats sur des thèmes liés à la mobilité urbaine. Pour notre deuxième édition, nous avons choisi d’explorer les modes de conversion à la mobilité électrique. Nous vous présentons un résumé des débats du UMBreakfast du 2 Avril :

Intervenants :

Marie Chéron, Responsable mobilité à la Fondation Nicolas Hulot
Thomas Chrétien, Directeur des véhicules électriques chez Nissan
Véronique Haché, Economiste des transports, Cheffe de projet rattachée à la DGITM
Steve Salom, General Manager France, Suisse et Autriche chez Uber
Modérateur : Stéphane Schultz, Fondateur de 15 marches, Conseil en stratégie et innovation

Avec un trait d’esprit malicieux, Stéphane Schultz nous rappelle la fameuse arrivée de Ségolène Royal à L’Elysée dans une voiture électrique … en 1993. La voiture électrique n’est donc pas une nouveauté! L’urgence écologique et l’urbanisation massive ont accéléré la réflexion autour de l’électrification des moyens de transports ces dernières années, faisant naître un regain de popularité autour des mobilités électriques.

Les freins à la massification de l’usage de la voiture électrique
La voiture électrique n’est donc pas une invention récente. Pourtant, plusieurs freins persistent pour une adoption à grande échelle par les consommateurs.

Tout d’abord, l’offre est limitée : seulement une petite poignée de véhicules sont facilement disponibles c’est-à-dire facilement accessibles à l’essai puis commandables et livrables sous 2-3 mois.

Ensuite, il existe de véritables enjeux pour améliorer l’accès à l’information et lutter contre les idées-reçues auprès du grand public. Le gouvernement a récemment annoncé qu’un portail dédié aux véhicules électriques sera lancé.

Enfin, les contraintes liées à la recharge du véhicule sont encore des freins importants pour les ménages. Si le maillage territorial des bornes de recharge est l’un des meilleurs en Europe, il est nécessaire d’avoir une borne au travail et/ou une borne chez soi. Dès que l’on est en itinérance, sur des trajets plus longs et moins routiniers, le problème des bornes devient plus consistant. Il faut donc fournir un effort supplémentaire au niveau national pour développer les bons points de charges aux bons endroits selon Thomas Chrétien.

Avec les dernières innovations et la sortie de la dernière Nissan LEAF, le véhicule électrique commence également à correspondre à l’activité professionnelle, comme celle des chauffeurs VTC par exemple qui sont de plus en plus nombreux à transitionner vers ce type de véhicules.


La voiture électrique, une vraie solution écologique ?
Premier enjeu : rappeler que la voiture électrique répond à la plupart des besoins des Français. En effet, selon une étude Ipsos-Avere 2018, la distance quotidienne parcourue par les automobilistes français est en moyenne de 29 kilomètres. Or, la voiture électrique ayant une autonomie de 270 km, elle a une autonomie suffisante pour répondre aux besoins du quotidien. De plus, c’est un véhicule plaisant, performant et éco-friendly puisqu’il pollue significativement moins que les voitures thermiques (entre 40 à 60% moins de gaz à effet de serre). 40 000 Nissan LEAF ont été vendues en 2018, soit autant en un an que la moitié des Nissan LEAF vendues en 8 ans. L’angle économique a par ailleurs été évoqué : une voiture électrique ne coûte que 2e pour 100km parcourus soit 200e pour 10 000 km !

Mais la voiture électrique fait controverse : 80% des français considèrent que ce n’est pas une solution écologique. Comme le souligne Marie Chéron, la voiture est un produit, il faut donc analyser la pollution engendrée tout au long de son cycle de vie. Ainsi, 75% de l’impact écologique d’un véhicule électrique est imputable à la production du véhicule (et non l’usage) et à la production de la batterie. L’extraction des minéraux rares est polluante et se fait dans des conditions nuisibles à l’homme et à l’environnement, spécifiquement en Asie.

Il en va de même pour l’énergie électrique utilisée pour alimenter la voiture : la voiture électrique sera d’autant plus écologique que l’électricité provient de sources renouvelables.
Enfin, l’espérance de vie des batteries est également un sujet important. Énergivore pour sa production, son espérance de vie actuelle et future déterminera fortement la véritable empreinte écologique de la voiture électrique. La voiture électrique est d’ailleurs plus adaptée à de longs trajets et à un usage intensif et partagé. Si l’utilisation est sous-optimale (seulement pour l’usage d’une seule personne par exemple) alors la pollution engendrée par sa production sera supérieure aux gains de son usage.
Contrairement à ce qui est dit, les batteries sont recyclables, mais cela coûte cher. Thomas Chrétien explique ainsi que les batteries ont un premier cycle de vie (dans la voiture) puis sont ré-utilisées pour stocker l’énergie produite dans de nouvelles infrastructures. Dans un troisième temps, elles peuvent être recyclées pour récupérer les matériaux rares.

Marie Chéron rappelle qu’en créant une recharge bi-directionnelle (charge et décharge), la voiture électrique pourrait être bien plus qu’un moyen de transport et devenir un moyen de stockage de l’énergie intégré au réseau domestique pour aller encore plus loin dans l’optimisation de la ressource énergétique.

La voiture électrique n’est donc pas intrinsèquement propre, il est indispensable de rendre l’intégralité de son cycle de vie plus éco-friendly, de la production à l’alimentation en passant par l’utilisation et sa valorisation a posteriori.

Les acteurs privés et publics alliés pour encourager des mobilités plus douces
Véronique Haché est convaincue de l’importance de l’alliance entre acteurs publics et privés pour provoquer ce choc de conversion. Du côté de l’Etat, les zones à circulation restreinte ou les voies d’autoroutes réservées au covoiturage, aux transports publics ou aux voitures électriques sont autant d’incitations pour  convertir les usagers à des mobilités plus respectueuses de l’environnement. Du côté des entreprises de services, Uber est particulièrement engagé dans le développement des voitures électriques à travers leur option UberGreen qui permet de commander une course en voiture hybride ou électrique. Uber prend très au sérieux leur responsabilité dans la transition écologique à travers de nombreuses actions. Ils proposent un accompagnement financier, pédagogique et technologique aux chauffeurs souhaitant se convertir à l’électrique. Au niveau financier, en plus d’informer les chauffeurs sur les bonus du gouvernement et de l’Ile-de-France, ils proposent leur propre bonus à hauteur de 4000e. Uber offre également un accompagnement pédagogique complet en informant proactivement les chauffeurs sur les lieux de recharges, les crédits d’impôts proposés, l’intégration d’un véhicule électrique dans le business model des chauffeurs (coût de réparation, longévité, coût de l’électricité). Uber met également sa technologie au service de la transition  en implémentant des fonctionnalités spécifiques pour les véhicules électriques comme la fonctionnalité Destination, qui permet aux chauffeurs, lorsqu’ils ont terminé leur activité, de rentrer la destination d’une borne ou de chez eux pour pouvoir effectuer la dernière course dans la bonne direction.

Marie Chéron note d’ailleurs l’importance de convertir avant tout les VTC, taxis et flottes d’entreprise puisque ce sont les cibles qui ont l’usage le plus intensif de la voiture et donc le plus adapté à l’électrique.

Véronique Haché souligne d’ailleurs l’importance des chauffeurs pour jouer un rôle d’ambassadeur auprès des usagers – ce que confirme Steve Salom: d’après une étude 6t, 31% des utilisateurs qui ont déjà utilisé une voiture électrique avec l’option UberGreen déclarent qu’ils connaissent mieux ces voitures parce qu’ils en ont discuté avec un ou plusieurs chauffeurs. Les chauffeurs UberGreen deviennent ambassadeurs de la voiture électrique et participent à la sensibilisation du grand public !

C’est d’ailleurs l’alliance entre les parties prenantes privés et publiques qui permettra l’émergence d’incitations fortes que ce soit par le bonus mais également par le développement des infrastructures nécessaires.

Le vélo à assistance électrique, une nouvelle solution propre
De manière unanime dans le panel, le vélo électrique représente une véritable opportunité pour décongestionner et assainir les villes. Le report total d’un mode de transport vers un autre est un mirage au dire de Stéphane Schultz, qui insiste sur le fait que les individus auront dans le futur des modes de transports multiples selon les usages et les situations qu’ils rencontrent. Il faut avant tout lutter contre la multiplication des voitures individuelles, qui, à hauteur d’une voiture pour 1,5 passagers et de 23h d’inactivité par jour, représente une aberration écologique et économique selon Steve Salom.  Uber souhaite donc devenir la plateforme de la mobilité en proposant plusieurs formes de transports afin de donner la liberté aux citadins de choisir ce qui leur convient le mieux à un moment T.

L’hydrogène, une solution d’avenir à surveiller de près
Thomas Chrétien explique ainsi que l’hydrogène est intéressant car il permet de remplacer la batterie par une pile à combustible et rejette in fine de l’eau et non du CO2 dans l’atmosphère. Les problèmes d’efficience et d’infrastructures restent cependant des barrières importantes à l’expansion de cette innovation. Néanmoins, Marie Chéron souligne le fait que que l’hydrogène pourrait être plus adapté pour les trajets plus courts et serait donc complémentaire de l’électrique avec batteries.

Voir ici pour plus d’infos sur les UMBreakfasts.