2018: quels défis pour les régions? Interview de Michel Neugnot, Président Transports et Mobilité de Régions de France

Interview menée par Anne Gadel, Responsable des Affaires Publiques, Autonomy

Régions de France est l’institution représentative des régions françaises auprès des pouvoirs publics français et européens, ainsi qu’auprès des acteurs de la vie économique et sociale

Depuis 2002, les régions sont autorités organisatrices des transports, et ont récupéré depuis le 1er septembre 2017 des compétences supplémentaires en matière de transports : quels sont donc en 2018 les nouveaux défis des Régions en matière de mobilité ?

L’année 2018 est une année importante pour les Régions puisque la future loi d’orientation des mobilités (LOM) devrait accorder de nouvelles compétences en matière de mobilité. Si à l’heure actuelle, le texte est toujours en phase de discussion, les premières tendances laissent à penser que les Régions pourraient devenir Autorité organisatrice de la mobilité régionale sous certaines conditions, à coté des AOM existantes ou à créer. Ainsi en plus des transports réguliers – train, cars,  covoiturage – nous souhaitons que les Régions aient la compétence de la mobilité partagée (autopartage et covoiturage) et de la mobilité active (vélo, marche à pieds, …). Les défis sont à la hauteur des attentes de nos concitoyens qui souhaitent plus d’intermodalité ; une mobilité plus simple, plus lisible. Cela permet de parfaire la loi NOTRe qui a déjà profondément bouleversé l’organisation des transports avec la reprise, en 2017, des transports scolaires et des transports réguliers. Les Régions auront alors tous les leviers pour organiser avec les AOM, les mobilités sur l’ensemble de leur territoire.

Le transport est le premier poste budgétaire des Régions françaises, notamment en matière d’investissement. Les acteurs publics locaux cherchent-ils à dialoguer plus avec le secteur privé pour trouver des nouvelles solutions de mobilité et des investissements ?

Vous avez raison de rappeler que le transport constitue le premier poste budgétaire pour les Régions. Pour autant, la demande et les besoins de mobilité ne cessent d’augmenter. Les Régions y répondent avec les contraintes budgétaires que nous connaissons tous. Toutes les initiatives visant à améliorer la mobilité en général méritent d’être étudiées. En matière de mobilité active et de mobilité partagée de nombreuses start-ups proposent des solutions innovantes qui peuvent s’articuler aux politiques menées par les Régions.

Les Régions de France se sont engagées à placer la mobilité durable au cœur du débat public (Etats généraux de la mobilité durable en 2017). Dans le cadre de la prochaine LOM, quels seront les efforts des Régions en matière notamment de mobilité durable et d’intermodalité ?

Les Etats généraux de la mobilité durable constituent un événement fondateur dans le monde du transport public puisque pour la première fois, usagers, autorités organisatrices et opérateurs ont porté des messages communs pour le développement de la mobilité dans notre pays. Les Assises de la mobilité durable se sont tenues dans la foulée avec un objectif simple :Fournir une matière première réaliste et crédible au gouvernement en vue de la conception de la LOM. Dans ce cadre, les Régions ont affirmé leur position au travers du Livre blanc des Régions pour la mobilité paru en novembre 2017. Elles ont rappelé avec l’ensemble des différents niveaux de collectivités l’importance de conforter leur place de chef de file de l’intermodalité. L’accès de tous à la mobilité constitue un double défi : social pour le retour à l’emploi, l’accès aux services publics, la solidarité en matière de tarifs, la lutte contre les inégalités d’accès liées aux territoires et le handicap ; environnemental pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et les nuisances sonores  liées aux déplacements. Les Régions se doivent d’être très ambitieuses et réalistes. Nous souhaitons aussi accompagner le changement nécessaire des motorisations des véhicules de transport routier tout en tenant des réalités financières des Régions. Le développement de filières alternatives au diesel fait partie de nos priorités.

Le transport public est-il la meilleure solution pour répondre aux défis du changement climatique, de la congestion, de l’efficacité économique ?

Assurément. Le report modal de la voiture particulière vers le transport public est un objectif vers lequel nous devons tendre collectivement. L’atteinte de cet objectif passe notamment par le développement d’une offre intermodale adaptée tout en respectant la zone de pertinence de chaque mode. L’automobile reste le moyen le plus approprié sur les territoires peu denses. L’enjeu à ce niveau est la réduction de ce nous appelons l’autosolisme. Le bon moyen de transport, bien calibré, au bon moment, au bon endroit. Les nouvelles technologies nous ouvrent des perspectives fantastiques, à nous de les utiliser.